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Sat Jan 17, 2015 18:06 (fr)
Retour sur un slogan, une caricature, une synecdoque et une antonomase par Faysal Riad 13 janvier 2015 Les tenants du slogan « Je suis Charlie » affirment qu'il s'agit simplement d'un « Oui à la liberté d'expression, non au terrorisme ». Un truc très légitime en somme. Si ce n'était que ça, je l'approuverais, je le crierais sans problème. Mais voilà, pourquoi exprimer de tels principes par ces mots ? Premier problème : ce slogan occulte les autres morts de ces derniers jours (qui n'étaient pas tous (...) - analyses / critiques des médias, contrôle social

Retour sur un slogan, une caricature, une synecdoque et une antonomase

par Faysal Riad

13 janvier 2015

Les tenants du slogan « Je suis Charlie » affirment qu'il s'agit simplement d'un « Oui à la liberté d'expression, non au terrorisme ». Un truc très légitime en somme. Si ce n'était que ça, je l'approuverais, je le crierais sans problème. Mais voilà, pourquoi exprimer de tels principes par ces mots ?

Premier problème : ce slogan occulte les autres morts de ces derniers jours (qui n'étaient pas tous engagés dans les combats de Charlie hebdo) dont les familles, pour certains, ne tiennent peut-être pas à être incorporés au mouvement tel qu'il s'est constitué. D'eux, tout le monde semble se taper.

Deuxième problème : même s'ils ne méritaient évidemment pas de mourir, et que ces morts sont déplorables et choquantes, les journalistes et caricaturistes de Charlie étaient racistes. Pas seulement irréligieux, anticléricaux et amateurs de blasphème. Cela, que nous l'aimions ou le détestions, c'était leur droit. Droit qui a été violemment et tragiquement nié par des malades, mais qu'aujourd'hui, dans le débat public, évidemment et heureusement, personne ne remet en cause sérieusement [1].

Puisque ce sont des racistes, il n'est pas anodin, aujourd'hui, de choisir pour défendre la liberté d'expression, d'honorer la mémoire de ce journal-là : ce serait choisir, pour critiquer la peine de mort par exemple, non pas seulement de mettre en cause la manière honteuse dont on a exécuté un Pierre Laval, mais d'aller jusqu'à honorer sa mémoire en poussant tous les opposants à la peine de mort à assumer un « Je suis Laval » qui, espère-t-on, les répugnerait.

Je suis opposé à la peine de mort mais je ne pourrais jamais écrire « Je suis Laval ». Je suis pour la liberté d'expression et contre le meurtre mais je ne pourrais jamais écrire « Je suis Charlie ».

Antonomase

Un dessin a retenu mon attention : celui qu'Uderzo a fait pour rendre hommage à Charlie. Tout le monde a remarqué les fameuses babouches du terroriste qu'Asterix cogne virilement. Des babouches, alors que les terroristes français portent plus souvent des Nike Air, validant l'idée, qu'on retrouvait fréquemment dans les dessins publiés dans Charlie, par la synecdoque évidente babouches = arabe, que terroriste = arabe, et que donc, tous ces gens qui défilent pour Charlie aux côtés de politiciens colonialistes officiellement anti-arabes (pour certains clairement opposés à la liberté d'expression et réprimant durement les journalistes), le font directement ou indirectement, consciemment ou inconsciemment, contre les Arabes, considérés entièrement comme des terroristes potentiels. Ou du moins le font-ils malgré cela.

De nombreuses images le corroborent, dont celles de l'enfant qui avoue, avant de se corriger, qu'elle est venue là pour manifester contre « les Ar? les terroristes ». Pourquoi s'en étonner ? Qu'est-ce qui pourrait aujourd'hui autant mobiliser ? Quelle est la passion française actuellement ? Quel est l'ouvrage qui a eu le plus de succès récemment ? Que raconte l'essayiste le plus populaire de France ? Et que raconte le romancier le plus médiatisé de la France actuelle ? Et que raconte le plus célèbre et le plus récent des recrutés à l'Académie française ?

Mais ce qui a le plus retenu mon attention dans le dessin d'Uderzo, que je vois comme une sorte d'image grossie de l'inconscient des Charlie, qui à nous arabes non-vendus au PS et aux partis de gouvernement, saute aux yeux, et fait que même lorsque nous défendons la liberté d'expression et sommes horrifiés par les attentats, nous ne pouvons accepter l'hommage rendu à des gens que nous sommes désolés de voir assassinés, mais dont nous ne pouvons pas non plus oublier les injures, c'est ce qu'on appelle en rhétorique l'antonomase.

Antonomase : figure de style dans laquelle un nom propre est utilisé comme nom commun.

Car Uderzo ne fait pas dire à Asterix « Moi aussi je suis Charlie », mais « Moi aussi je suis un Charlie ».

Un Charlie ?

Mais qu'est-ce donc qu'un Charlie ?

Pourquoi un substantif ?

Comment ne pas entendre, dans cette formulation quelque peu bizarre, comme si quelque chose devait absolument sortir, surtout dans ce cas où l'on voit clairement le héros gaulois cogner ce qui apparaît dans l'image comme étant simplement « un porteur de babouches », l'antonomase classique, « un Charlie » contre « un Rachid », ou « un Mohammed » ?

Dès lors le « Je suis un Charlie » signifie bien « Je suis un Français », un « blanc » plutôt. Oui : « je suis un blanc », ce qui n'a rien de honteux en soi naturellement, mais quand c'est un blanc cognant joyeusement sur un porteur de babouches, assimilé implicitement à un envahisseur (par analogie avec les habituelles sandales romaines que viennent ici remplacer les babouches), alors « Je suis un Charlie » signifie : « je suis blanc et j'emmerde les bougnoules ».

notes

[1] Surtout lorsqu'on voit tous ces Français mobilisés aux côtés de leur président, des autres présidents du monde et des CRS.

http://lmsi.net/De-quoi-Charlie-est?

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Sat Jan 17, 2015 18:00 (fr)
amalgames, manipulations et blanchiment d'images autour de Charlie Hebdo par Philippe Blanchet 15 janvier 2015 L'assassinat perpétré dans la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier a donné lieu à un emballement émotionnel bien compréhensible et à un emballement médiatico-politique beaucoup plus suspect, y compris parce que le second a très vite exploité le premier en pratiquant ce qui me semble être des confusions et des instrumentalisations par l'usage de mots ambigus. J'ai moi-même été choqué et (...) - non locales / lois sécuritaires, critiques des médias

amalgames, manipulations et blanchiment d'images autour de Charlie Hebdo

par Philippe Blanchet

15 janvier 2015

L'assassinat perpétré dans la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier a donné lieu à un emballement émotionnel bien compréhensible et à un emballement médiatico-politique beaucoup plus suspect, y compris parce que le second a très vite exploité le premier en pratiquant ce qui me semble être des confusions et des instrumentalisations par l'usage de mots ambigus.

J'ai moi-même été choqué et abasourdi par cet assassinat et par ses motivations possibles en l'apprenant presque aussitôt le mercredi vers 11h30. Mais dès les informations de la mi-journée, l'intervention du président de la république française et les commentaires qui l'ont accompagnée me laissaient dubitatif. En effet, F. Hollande a interprété l'assassinat, aussitôt sur place puis le soir même à la télévision, comme une attaque terroriste contre « la France », contre « la République », contre « la démocratie », et appelait à « l'unité nationale » contre ce terrorisme et cette atteinte aux « valeurs de la République », affirmation reprise en boucle par de très nombreuses personnes dans les médias qui y ont ajouté leur crainte du « communautarisme » et de « l'islamisme ». Cela a conduit à de très nombreux rassemblements publics, d'abords spontanés, puis appelés par différentes organisations politiques, syndicales, religieuses, associatives, etc. sous des désignations comme, entre autres, « rassemblement citoyen » jusque à la « marche républicaine » du dimanche 11 janvier.

Or, à reprendre ces évènements sous ces termes, sans aucune explicitation du sens qu'on attribue à ces termes ni des raisons pour lesquelles on reprend ces évènements sous ces termes, on crée au moins des ambigüités majeures et même des amalgames très discutables. Lorsqu'en plus on confronte ces discours aux actes qui les complètent ou les mettent en ?uvre, qui les exemplifient, on peut y voir des dérives particulièrement inquiétantes, choquantes, scandaleuses.

Une attaque de la France ?

Est-ce qu'en attaquant Charlie Hebdo on attaque la France en tant que telle ? Il faudrait pour cela soit que Charlie Hebdo soit un emblème de la France, soit que Charlie Hebdo ait été choisi parce que c'est un média français et/ou que sa rédaction se trouve en France. Il est clair que Charlie Hebdo n'est pas un média emblématique de la France : ni par son image à l'international, ni par son contenu, ce média n'est un symbole de la France ; il n'est jamais cité parmi ce qui représente la France quand on fait des enquêtes sur ce sujet par exemple auprès des personnes qui apprennent le français dans le monde, dont la plupart ignore même son existence. Ou alors est-ce parce que la France serait l'exemple même d'un pays de liberté d'expression dont Charlie Hebdo serait à son tour un exemple parlant ? On verra ci-dessous que ce n'est justement pas le cas.

Est-ce que Charlie Hebdo a été attaqué parce qu'il est en France ? Rien ne permet de l'affirmer et on peut faire l'hypothèse au moins aussi solide que la rédaction de Charlie Hebdo aurait pu subir la même agression si ça avait été un média belge ou allemand ou états-unien. Affirmer que c'est la France qu'on attaque en assassinant douze personnes au siège de cet hebdomadaire, c'est une extrapolation très discutable. A quoi sert cette extrapolation ? A donner une dimension nationale à un évènement qui est un drame pour l'humanité sans question de nationalité. Cela revient à capter une émotion collective au profit d'un projet national.

Une attaque de la liberté d'expression ?

Comme il s'agit probablement de représailles contre les positions anti-religieuses régulières de Charlie Hebdo, et surtout de ses représentations du prophète musulman destinée à se moquer de ses adorateurs extrémistes, oui bien sûr, c'est clairement une attaque contre la liberté d'expression, destinée à punir et à terroriser. C'est cette atteinte gravissime à la liberté d'expression, et elle seule, qui aurait dû motiver une réaction indignée. Or on l'a détournée vers un enjeu national et, dans ce cadre surtout, vers la question de ce qu'on a appelé « l'islamisme ».

Attaquer la liberté d'expression, est-ce que c'est attaquer la France ? Et surtout à travers Charlie Hebdo ? La réponse est deux fois non. Une fois parce que c'est oublier que l'Etat français a plusieurs fois interdit Charlie Hebdo, à l'époque où il s'appelait Hara Kiri. C'est, bien au contraire, parce que le gouvernement français avait interdit le célèbre numéro de Hara Kiri titrant à la mort de De Gaulle « Bal tragique à Colombey : un mort » que la rédaction de Hara Kiri a contourné cette censure en reparaissant aussitôt sous un autre nom, celui de Charlie Hebdo. Et pourquoi cette interdiction ? Parce que, dans le contexte où un dancing (comme on disait à l'époque) avait brulé entrainant la mort de dizaines de personnes, Hara Kiri avait plaisanté sur la mort du général De Gaulle : un blasphème, en quelque sorte. Il faut avoir un terrible toupet pour oser aujourd'hui faire de Charlie Hebdo l'emblème d'une liberté d'expression caractéristique de la république française.

D'une manière générale, et bien que le mythe national fasse de la France « le pays des Droits de l'Homme » [1], la France est loin d'être un exemple de liberté d'expression et, plus largement, de respect des Droits humains. L'Etat français bafoue tous les jours les Droits humains et les textes internationaux de protection de ces Droits que la France a pourtant ratifiés. Qu'il s'agisse par exemple du Droit d'asile, du traitement des étrangers, de ses lois sur la nationalité, de la justice (avec sa procédure expéditive de comparution immédiate), de ses prisons, de devoir de secours aux plus démunis, de sa politique linguistique ou éducative, de sa politique étrangère ou économique, et de bien d'autres domaines encore, la France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des Droits humains, rappelée à l'ordre par des organismes internationaux comme le Conseil des Droits humains de l'ONU, montrée du doigt par des organismes non gouvernementaux de protection des Droits humains et de lutte contre les discriminations.

En même temps qu'on élève au nom de la France une protestation contre l'atteinte à la liberté d'expression que représente l'assassinat de la rédaction de Charlie Hebdo, l'Etat français poursuit en justice les auteurs de la chanson intitulée « Nique la France » dans laquelle le groupe ZEP dénonce le colonialisme français, poursuit en justice une personne mandatée par un parti politique (le NPA) qui a appelé à manifester en juillet dernier contre les massacres israéliens en Palestine, interdit les manifestations de solidarité avec les Palestiniens assassinés ; tout comme l'Etat a répondu à la libre expression de Rémi Fraisse en envoyant l'armée le tuer à coup de grenade offensive et comme il a interdit l'expression publique de l'émotion collective à la mort de Rémi Fraisse. Et la liste pourrait s'allonger de manière presque infinie?

Que peut donc signifier une « liberté d'expression » à la française ? Occulter tout cela et se présenter comme le pays de la liberté d'expression, c'est surtout une vaste opération de blanchiment de l'image de la France qui brouille la notion même de liberté d'expression et c'est même, d'une certaine façon, une hypocrisie qui lui manque de respect.

Une attaque de la république ?

La république est un type d'organisation politique où le pouvoir exécutif n'est pas détenu de façon héréditaire (au contraire d'une monarchie). La personne qui exerce ce pouvoir peut être désignée de façon démocratique à des degrés divers (voir la question de la démocratie ci-dessous) ou non. Une république n'est pas forcément ni une démocratie, ni un Etat respectueux des Droits humains (dont la liberté d'expression), même si, dans l'idéal, il est plus cohérent qu'une république soit démocratique. On ne voit vraiment pas en quoi le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo est une « attaque contre la république ». N'est-ce pas là un autre détournement de l'enjeu majeur de l'attentat contre Charlie Hebdo ?

Du coup, on ne comprend pas le sens de l'expression « marche républicaine ». Si ça avait eu lieu en Belgique ou au Royaume-Uni, l'aurait-on appelée « marche monarchique » ? Au Luxembourg, « marche granduchique » et à Andorre « marche principautaire » ? On retrouve ici un des fréquents usages détournés de la notion de république dans le discours médiatique et politique français, comme lorsqu'on parle de « front républicain » pour s'opposer au Front National. Ça n'a rien de particulièrement républicain. En fait on pourrait plutôt dire par exemple « Marche des Droits humains » pour s'opposer à l'attaque contre la liberté d'expression, tout comme « Front des Droits humains » ou « Front Humaniste » aurait beaucoup plus de sens face au programme politique attentatoire aux Droits humains du Front National. Mais ce serait beaucoup plus engageant et je ne suis pas sûr que tous ceux et celles, individus et organisations, qui ont appelé à la « Marche Républicaine » ou qui y ont participé soient des défenseurs des Droits humains ni même seulement de la liberté d'expression, tant sur le plan des principes que de leurs comportements quotidiens.

On pourrait objecter que quand on dit « la République » (la majuscule n'existant pas à l'oral), on veut dire « la république française ». C'est un raccourci égocentrique, ou plutôt ethnocentrique. Il est dangereux puisqu'il laisse à penser qu'il n'y a qu'un seule république, la française, ou en tout cas une seule qui compte ou qui compte plus que les autres, et de réduire la France à son statut constitutionnel de république.

Une attaque de la démocratie ?

Démocratie signifie gouvernement par le peuple. C'est, en théorie, une organisation politique où le peuple se gouverne lui-même. En général, d'ailleurs, seule une partie du peuple participe à cette gouvernance. D'une part parce qu'une autre partie est exclue du droit d'y participer : en France par exemple les femmes n'y participaient pas jusqu'en 1945, les mineurs et les habitants qui n'ont pas la nationalité française n'y participent pas encore de nos jours. D'autre part parce que beaucoup d'Etats ont opté pour un système de représentation où quelques élu-e-s gouvernent et/ou choisissent des gouvernants pour l'ensemble de la population admise au droit de vote. Ce système de représentations tend à priver la population de son pouvoir de façon relativement durable (entre deux élections par exemple). C'est ce qui fait dire au politologue Philippe Corcuff que la France n'est pas un Etat démocratique mais un Etat à système représentatif dont l'idéal est démocratique ; l'idéal, mais pas les pratiques.

Les usages fréquents du terme et de ses dérivés, en France, confondent démocratie et liberté, démocratie et Droits humains, démocratie et justice ou équité. Si l'on peut considérer que le droit de vote présuppose une certaine liberté d'expression, celle-ci peut être plus ou moins limitée. On peut en effet démocratiquement restreindre les Droits humains, y compris la liberté d'expression, notamment par le jeu de la majorité numérique. De nombreuses démocraties ont des politiques totalitaires. Hitler est arrivé au pouvoir de façon démocratique. La démocratie française permet l'existence et l'expression d'un parti politique dont le programme est contraire aux Droits humains, et l'élection d'élu-e-s qui censurent la présence d'une presse humaniste dans des bibliothèques publiques). Le système éducatif de la démocratie française est l'un des plus inégalitaires au monde et le système économique français produit en permanence des atteintes graves aux Droits humains, des discriminations, des injustices et des iniquités.

En attaquant à l'arme meurtrière la rédaction de Charlie Hebdo, est-ce qu'on attaque la démocratie ? Seulement de façon indirecte et très partielle et seulement si on considère, comme je le disais plus haut, que le droit de vote présuppose une certaine liberté d'expression et d'information. En confondant les libertés fondamentales et la démocratie, on fait croire qu'il suffit qu'un système, comme la France, soit démocratique pour que les libertés et les Droits y soient garantis. Or, c'est loin d'être le cas. Autre entrée dans l'opération de blanchiment qui détourne de la question essentielle : celles des droits et des libertés.

Une attaque « islamiste » ?

En appelant « islamisme » l'extrémisme suspecté d'être à l'origine de ce terrorisme, on inscrit cet extrémisme dans une continuité qui parait du coup de l'ordre de l'évidence entre islam et extrémisme ou terrorisme. Les termes « christianisme, judaïsme, protestantisme, bouddhisme, confucianisme » sont des dérivés en ?isme du nom d'une religion ou d'un prophète. Ils ne sont pas péjoratifs, ni même négatifs. « Islamisme » l'est. En l'employant, on glisse implicitement dans l'islamophobie. De la même façon, quand on parle du dieu révéré par les chrétiens, les mormons ou les juifs on dit « dieu ». On ne dit pas « deus », « god » ou « yahvé » par exemple. Quand on parle des musulmans, on dit presque toujours « allah », mot arabe qui signifie tout simplement dieu. Ce faisant, on crée une « étrangeté » qu'on ne crée pas à propos des autres religions. On en fait une religion à part (alors que juifs, chrétiens et musulmans révèrent le même dieu). C'est parce que cette islamophobie rampante est présente, même aussi implicitement, dans de grandes parties de la société française (et notamment dans les discours publics qui y circulent), que la suspicion de motivation « islamiste » de l'attentat a aussitôt été diffusée et reprise sans le moindre instant de doute et avant toute vérification. On déporte ainsi le problème de l'extrémisme ?quel qu'il soit, musulman, chrétien, religieux, politique, national, etc.? vers un supposé problème spécifique de l'islam.

L'unité « nationale » et le « communautarisme »

Face aux réactions passionnelles qu'a suscitées cet assassinat, on a appelé de divers bords, à commencer par celui du président de la république française, à « l'unité nationale », au sursaut de « la Nation », à la fois face au terrorisme et contre les conflits qui pourraient avoir lieu entre divers groupes d'habitants du pays. On a pensé bien sûr aux attaques diverses que pourraient subir des personnes au motif qu'elles sont de religion musulmane. On oublie en employant ces termes que la « nation » n'est constituée que de ses « nationaux », c'est-à-dire de ses ressortissants, ceux et celles qui ont la « nationalité ». En appelant la « nation » à l'unité, on exclut de cet appel tous les habitants et habitantes de France qui n'ont pas la nationalité française, on divise et on exclut au lieu de rassembler.

Parallèlement, on peut penser qu'appeler à l'unité nationale, à l'affirmation d'une communauté nationale, c'est lutter contre ce qu'on appelle souvent en France le « communautarisme », avec une connotation péjorative, et qui serait à l'origine de comportements potentiellement agressifs entre « communautés ». Là aussi, on entretient un flou qui a des conséquences graves. Le communautarisme est un mode d'organisation politique selon lequel les individus appartiennent à des communautés (linguistiques, culturelles, nationales, religieuses, etc.) à l'intérieur d'un Etat, d'une manière officielle qui leur donnent des droits et des obligations particuliers. C'est le cas au Canada ou en Suisse, par exemple. Ce n'est pas la même chose que le sentiment d'appartenir à plusieurs communautés humaines en même temps qu'on a, par exemple, la nationalité française. Il est d'ailleurs concrètement impossible qu'un Etat de 65 millions d'habitants comme la France ne soit constitué que d'individus qui seraient les seuls interlocuteurs de l'Etat sans aucun collectif en parallèle : cela signifierait aucune collectivité territoriales, aucune association, aucun parti, aucun syndicat, etc. L'abus de l'usage du terme « communautariste » pour désigner toute appartenance collective autre que française et toute particularité, crée une discrimination entre une communauté valorisée, la communauté nationale française, et d'autres communautés dévalorisées (régionales, communales, sportives, professionnelles, linguistiques, culturelles, religieuses, etc.). Ceci est renforcé par le fait que la construction de la communauté nationale française, depuis la création de la France moderne à la Révolution de 1789, a toutes les caractéristiques d'un processus d'ethnicisation : inculcation d'une seule langue, d'une seule culture, d'une seule histoire imposées comme communes, uniformisation centralisée, dynamique assimilationniste, etc. Du coup, en stigmatisant toute diversité, on exclut au lieu d'inclure et on peut susciter les extrémismes communautaires que l'on prétend prévenir. On renforce les dérives du discours nationaliste dominant par la diffusion de significations implicites de termes sur lesquels on ne s'interroge pas.

Et comment finalement on a aussi parlé de tout autre chose que de l'essentiel

L'analyse des mots employés pour parler de l'assassinat terroriste commis par des extrémistes au sein de la rédaction de Charlie Hebdo montre combien a pu être détourné l'enjeu majeur (à mes yeux) de cet évènement abominable. C'est, pour moi, une autre abomination que ces amalgames, cette récupération, cette manipulation non seulement de la mort de ces personnes mais aussi de l'émotion spontanée et pleine d'humanité qu'elle a aussitôt suscitée.

Quand on voit que des gens comme Ali Bongo (fils d'Omar Bongo président-dictateur de la république du Gabon grâce entre autres au néocolonialisme de la France), Benyamin Netanyahou (premier ministre israélien, responsable des massacres de civils palestiniens et d'une politique particulièrement attentatoires aux Droits humains en Palestine), ou Viktor Orban (premier ministre d'extrême-droite de Hongrie et responsable d'une politique particulièrement attentatoires aux Droits humains), ont participé aux côtés du président français à la « marche républicaine » (« nationale et démocratique », on pourrait ajouter « citoyenne », autre terme fourretout et trompeur), on se dit que, vraiment, ce n'est ni la liberté d'expression, ni la liberté de penser, ni les Droits humains que ces gens-là y ont soutenu, pas plus que l'élan populaire de compassion pour les victimes et leurs proches, ni même la mémoire des dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo qu'ils y ont honoré.

p.-s.
Philippe Blanchet est professeur de sociolinguistique à l'Université Rennes 2.

notes

[1] Les Droits humains sous leur forme moderne ont été surtout formulés en Angleterre un siècle avant la révolution française.

http://lmsi.net/De-la-Liberte-d-Exp?

Thu Jan 15, 2015 18:31 (fr)
La mort d'un homme le 25 octobre 2014 face aux forces de l'État sur la ZAD du Testet a marqué le début de deux mois de lutte à Toulouse, où se sont succédé manifestations, actions publiques et occupations. Ce mouvement fait écho à ceux qui animent les ZAD, à Notre-Dame-des-Landes, au Testet, et ailleurs, là où une occupation s'est installée pour s'opposer aux projets nuisibles de l'État. Les modes d'organisation et de vie commune expérimentés sur les ZAD ont été mis en pratique à Toulouse, dans les espaces (...) - non locales / squatts, urbanisme, écologie , répression policière, luttes sociales

La mort d'un homme le 25 octobre 2014 face aux forces de l'État sur la ZAD du Testet a marqué le début de deux mois de lutte à Toulouse, où se sont succédé manifestations, actions publiques et occupations. Ce mouvement fait écho à ceux qui animent les ZAD, à Notre-Dame-des-Landes, au Testet, et ailleurs, là où une occupation s'est installée pour s'opposer aux projets nuisibles de l'État. Les modes d'organisation et de vie commune expérimentés sur les ZAD ont été mis en pratique à Toulouse, dans les espaces arrachés un moment au contrôle de la Métropole.

Par « Métropole » nous désignons l'organisation autoritaire et destructrice du territoire mise en place par l'État et les multinationales qui aménagent nos vies. Un véritable rouleau compresseur, qui réduit les milieux de vie à leur capacité de captation et de gestion des flux, conforme les lieux et les pratiques aux impératifs du marché, et étend dans toutes les directions ses tentacules d'infrastructures d'acier et de béton. Ici un aéroport, là une voie rapide, une retenue d'eau ou un parc à touristes.

Sur les ZAD comme à Toulouse, l'enjeu est bien le même. Il s'agit de reconquérir notre autonomie politique, notre capacité à s'organiser et s'entraider. Mais aussi de reprendre en main nos existences, de faire vivre et de défendre collectivement nos territoires. De se réapproprier ce que la Métropole nous confisque. D'ouvrir des brèches dans le monde morbide que nous construisent les aménageurs, pour y réinsérer de la joie de vivre, de la création, de la diversité et du bonheur.

Il y a un an, plusieurs dizaines de milliers de personnes convergeaient à Nantes pour dire leur refus de l'aéroport et de son monde, celui qui impose la subordination d'un bout de bocage à la métropole Nantaise. Mais aussi pour soutenir la ZAD, porteuse d'un autre monde plus respectueux de l'humain et du vivant. Face à ce mouvement populaire, l'État se crispe, réprime, mutile et tue.

L' « union républicaine » soudain proclamée de toutes parts s'accompagne de la militarisation de l'espace public et prépare le terrain pour des lois sécuritaires, qui donneront de nouveaux moyens à la répression d'État. Face à ces dérives, nous sommes déterminé-e-s à défendre les ZAD pour continuer à y construire des expériences et des pratiques communes.

Il ne se passe plus un mois sans qu'un ministre promette la fin d'une ZAD. Force est de constater que nous opposons à la vanité des réactions de la classe dirigeante la puissance de nos actions et de nos convictions. Les ZAD essaiment. Il faut les soutenir.

Le 21 février à Toulouse, à 60 km de la ZAD du Testet, rassemblons-nous nombreuses et nombreux à nouveau. Nous montrerons notre force créatrice au cours d'une manifestation, dans toute notre diversité. Nous ouvrirons une nouvelle brèche dans le monde formaté de la Métropole, chacun-e à notre manière. Nous nous réapproprierons nos espaces. Ce regroupement massif et éphémère nous appartient. Il sera le pendant de l'émergence progressive des mondes nouveaux porté par les ZAD.

Toutes et tous à Toulouse samedi 21 février 2015 !

Collectif ZAD 31

Thu Jan 15, 2015 09:43 (fr)
Grâce à Charlie, nous savons maintenant où s'arrête la liberté d'expression, qui a le droit de s'en réclamer et qui en est exclu. Cela fait quinze ans que les véritables antiracistes dénoncent la dérive totale de l'hebdomadaire reconverti dans la pensée dominante qui, de journal libertaire censuré par l'Etat est passé au statut plus rassurant de bouffon de la République protégé par ce même Etat. Et maintenant, on voudrait qu'on oublie tout ça au nom de la défense de la « liberté d'expression », cette même (...) - non locales / critiques des médias, contrôle social

Grâce à Charlie, nous savons maintenant où s'arrête la liberté d'expression, qui a le droit de s'en réclamer et qui en est exclu. Cela fait quinze ans que les véritables antiracistes dénoncent la dérive totale de l'hebdomadaire reconverti dans la pensée dominante qui, de journal libertaire censuré par l'Etat est passé au statut plus rassurant de bouffon de la République protégé par ce même Etat.

Et maintenant, on voudrait qu'on oublie tout ça au nom de la défense de la « liberté d'expression », cette même liberté d'expression que Charlie avait contribué à museler chez les autres, chez tous ceux qui n'avaient pas troqué leur impertinence contre la soumission aux valeurs que veut nous imposer la société, avec juste une petite tolérance pour la critique bien-pensante des problèmes secondaires. On voudrait qu'on oublie que Charlie a soutenu toutes les guerres de l'Otan, qu'il n'a jamais rien fait pour défendre les Palestiniens, qu'il a fait de l'islamophobie son fonds de commerce tout en assimilant l'antisionisme à l'antisémitisme, qu'il n'a jamais remis en cause le libéralisme ou la République? C'est la pire insulte qu'il pouvait faire au Charlie d'il y a quarante ans.

Les assassins fanatiques ne pouvaient pas faire de meilleur cadeau à nos gouvernants qu'en transformant en martyrs de l'Etat ceux qui n'étaient jusque-là que ses idiots utiles et sa caution « libertaire », au même titre que les Cohn-Bendit et autres anciens contestataires passés dans l'autre camp. Au lieu de laisser mourir ces repentis de leur belle mort, sous le mépris de ceux qui continuaient à lutter contre l'Etat, le racisme et la pensée unique, des criminels imbéciles ont préféré en faire des martyrs. On connaissait les martyrs religieux, les martyrs nationalistes et les simples martyrs sans étiquette des dictatures et des fascismes. On a maintenant les martyrs d'Etat, ceux qui défendent les valeurs de la République et de la France profonde avec l'alibi de l'impertinence? envers les autres. Car l'impertinence des débuts de Charlie était oubliée, alors, pour y pallier, il a bien fallu s'inventer de nouvelles têtes de Turcs. Au milieu des crimes et des nettoyages ethniques, que faisait Charlie ? Pour se distraire, il se foutait de la gueule de Mahomet ! Quel courage, quelle lucidité politique ! Pas une fois, pas deux fois, mais en permanence, selon le rythme du déficit de ses ventes. Charlie, ce sont des islamophobes récidivistes, des serial pourfendeurs de musulmans, un créneau très rentable.

Maintenant que l'Etat a ses martyrs, fini de rire ! Il peut décréter la « tolérance zéro » pour tous ceux qui ne sont pas Charlie. Ça a commencé à un rythme effréné : « l'incitation au terrorisme » est devenu le mot d'ordre pour embastiller les déviants, les tribunaux font les trois huit, la France est sous contrôle. Et on ne peut pas demander à un Charlie à cinq millions d'exemplaires de dénoncer ça, ce serait tuer la poule aux ?ufs d'or. Non, il vaut mieux continuer avec Mahomet, ça fait vendre, ça, coco ! Luz et les survivants n'ont rien compris ! Peut-être rêvent-ils, puisqu'ils ont l'Etat avec eux, qu'ils pourront passer, quels qu'en soient les risques, à dix millions d'exemplaires, et même, pourquoi pas, que le prix des abonnements soit prélevé directement sur nos impôts. Ce serait faire acte de civisme.

Charlie n'est pas mort seulement sous les balles des terroristes, mais sous le poids des millions et le soutien des pires crapules de la planète. Avec un peu de retard, nous sommes enfin arrivés en 1984. Merci Big Brother ! Merci, Charlie Hebdo !

Je ne suis pas Charlie

http://bxl.indymedia.org/spip.php?a?

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Tue Jan 13, 2015 21:13 (fr)
Rien ne peut justifier un assassinat, a fortiori le meurtre de masse commis de sang-froid. Ce qui s'est passé à Paris, en ce début du mois de janvier constitue un crime absolument inexcusable. Dire cela n'a rien d'original : des millions de personnes pensent et le ressentent ainsi, à juste titre. Cependant, au vu de cette épouvantable tragédie, l'une des premières questions qui m'est venue à l'esprit est la suivante : le profond dégoût éprouvé face au meurtre doit-il obligatoirement conduire à (...) - non locales / critiques des médias, contrôle social, luttes sociales

Rien ne peut justifier un assassinat, a fortiori le meurtre de masse commis de sang-froid. Ce qui s'est passé à Paris, en ce début du mois de janvier constitue un crime absolument inexcusable. Dire cela n'a rien d'original : des millions de personnes pensent et le ressentent ainsi, à juste titre. Cependant, au vu de cette épouvantable tragédie, l'une des premières questions qui m'est venue à l'esprit est la suivante : le profond dégoût éprouvé face au meurtre doit-il obligatoirement conduire à s'identifier avec l'action des victimes ? Dois-je être Charlie parce que les victimes étaient l'incarnation suprême de la liberté d'expression, comme l'a déclaré le Président de la République ? Suis-je Charlie, non seulement parce que je suis un laïc athée, mais aussi du fait de mon antipathie fondamentale envers les bases oppressives des trois grandes religions monothéistes occidentales ?

Certaines caricatures publiées dans Charlie Hebdo, que j'avais vues bien antérieurement, m'étaient apparues de mauvais goût ; seule une minorité d'entre elles me faisaient rire. Mais, là n'est pas le problème ! Dans la majorité des caricatures sur l'islam publiées par l'hebdomadaire, au cours de la dernière décennie, j'ai relevé une haine manipulatrice destinée à séduire davantage de lecteurs, évidemment non-musulmans. La reproduction par Charlie des caricatures publiées dans le journal danois m'a semblé abominable. Déjà, en 2006, j'avais perçu comme une pure provocation, le dessin de Mahomet coiffé d'un turban flanqué d'une grenade. Ce n'était pas tant une caricature contre les islamistes qu'une assimilation stupide de l'islam à la terreur ; c'est comme si l'on identifiait le judaïsme avec l'argent !

On fait valoir que Charlie s'en prend, indistinctement, à toutes les religions, mais c'est un mensonge. Certes, il s'est moqué des chrétiens, et, parfois, des juifs ; toutefois, ni le journal danois, ni Charlie ne se seraient permis, et c'est heureux, de publier une caricature présentant le prophète Moïse, avec une kippa et des franges rituelles, sous la forme d'un usurier à l'air roublard, installé au coin d'une rue. Il est bon, en effet, que dans la civilisation appelée, de nos jours, « judéo-chrétienne », il ne soit plus possible de diffuser publiquement la haine antijuive, comme ce fut le cas dans un passé pas très éloigné. Je suis pour la liberté d'expression, tout en étant opposé à l'incitation raciste. Je reconnais m'accommoder, bien volontiers, de l'interdiction faite à Dieudonné d'exprimer trop publiquement, sa « critique » et ses « plaisanteries » à l'encontre des juifs. Je suis, en revanche, formellement opposé à ce qu'il lui soit physiquement porté atteinte, et si, d'aventure, je ne sais quel idiot l'agressait, j'en serais très choqué? mais je n'irais pas jusqu'à brandir une pancarte avec l'inscription : « je suis Dieudonné ».

En 1886, fut publiée à Paris La France juive d'Edouard Drumont, et en 2014, le jour des attentats commis par les trois idiots criminels, est parue, sous le titre : Soumission, « La France musulmane » de Michel Houellebecq. La France juive fut un véritable « bestseller » de la fin du 19ème siècle ; avant même sa parution en librairie, Soumission était déjà un bestseller ! Ces deux livres, chacun en son temps, ont bénéficié d'une large et chaleureuse réception journalistique. Quelle différence y a t'il entre eux ? Houellebecq sait qu'au début du 21ème siècle, il est interdit d'agiter une menace juive, mais qu'il est bien admis de vendre des livres faisant état de la menace musulmane. Alain Soral, moins futé, n'a pas encore compris cela, et de ce fait, il s'est marginalisé dans les médias? et c'est tant mieux ! Houellebecq, en revanche, a été invité, avec tous les honneurs, au journal de 20 heures sur la chaine de télévision du service public, à la veille de la sortie de son livre qui participe à la diffusion de la haine et de la peur, tout autant que les écrits pervers de Soral.

Un vent mauvais, un vent fétide de racisme dangereux, flotte sur l'Europe : il existe une différence fondamentale entre le fait de s'en prendre à une religion ou à une croyance dominante dans une société, et celui d'attenter ou d'inciter contre la religion d'une minorité dominée. Si, du sein de la civilisation judéo-musulmane : en Arabie saoudite, dans les Emirats du Golfe s'élevaient aujourd'hui des protestations et des mises en gardes contre la religion dominante qui opprime des travailleurs par milliers, et des millions de femmes, nous aurions le devoir de soutenir les protestataires persécutés. Or, comme l'on sait, les dirigeants occidentaux, loin d'encourager les « voltairiens et les rousseauistes » au Moyen-Orient, apportent tout leur soutien aux régimes religieux les plus répressifs.

En revanche, en France ou au Danemark, en Allemagne ou en Espagne où vivent des millions de travailleurs musulmans, le plus souvent affectés aux tâches les plus pénibles, au bas de l'échelle sociale, il faut faire preuve de la plus grande prudence avant de critiquer l'islam, et surtout ne pas le ridiculiser grossièrement. Aujourd'hui, et tout particulièrement après ce terrible massacre, ma sympathie va aux musulmans qui vivent dans les ghettos adjacents aux métropoles, qui risquent fort de devenir les secondes victimes des meurtres perpétrés à Charlie Hebdo et dans le supermarché Hyper casher. Je continue de prendre pour modèle de référence le « Charlie » originel : le grand Charlie Chaplin qui ne s'est jamais moqué des pauvres et des non instruits.

De plus, et sachant que tout texte s'inscrit dans un contexte, comment ne pas s'interroger sur le fait que, depuis plus d'un an, tant de soldats français sont présents en Afrique pour « combattre contre les djihadistes », alors même qu'aucun débat public sérieux n'a eu lieu en France sur l'utilité où les dommages de ces interventions militaires ? Le gendarme colonialiste d'hier, qui porte une responsabilité incontestable dans l'héritage chaotique des frontières et des régimes, est aujourd'hui « rappelé » pour réinstaurer le « droit » à l'aide de sa force de gendarmerie néocoloniale. Avec le gendarme américain, responsable de l'énorme destruction en Irak, sans en avoir jamais émis le moindre regret, il participe aux bombardements des bases de « daesch ». Allié aux dirigeants saoudiens « éclairés », et à d'autres chauds partisans de la « liberté d'expression » au Moyen-Orient, il préserve les frontières du partage illogique qu'il a imposées, il y a un siècle, selon ses intérêts impérialistes. Il est appelé pour bombarder ceux qui menacent les précieux puits de pétrole dont il consomme le produit, sans comprendre que, ce faisant, il invite le risque de la terreur au sein de la métropole.

Mais au fond, il se peut qu'il ait bien compris ! L'Occident éclairé n'est peut-être pas la victime si naïve et innocente en laquelle il aime se présenter ! Bien sûr, il faut être un assassin cruel et pervers pour tuer de sang-froid des personnes innocentes et désarmées, mais il faut être hypocrite ou stupide pour fermer les yeux sur les données dans lesquelles s'inscrit cette tragédie.

C'est aussi faire preuve d'aveuglement que de ne pas comprendre que cette situation conflictuelle ira en s'aggravant si l'on ne s'emploie pas ensemble, athées et croyants, à ?uvrer à de véritables perspectives du vivre ensemble sans la haine de l'autre.

Shlomo Sand
(Traduit de l'hébreu par Michel Bilis)

http://www.ujfp.org/spip.php?article3768

Mon Jan 12, 2015 10:25 (fr)
Camarades, contre l'Etat et contre tous les prêtres, Vive le blasphème ! "? le temps d'une vie est bref, si nous vivons ce n'est que pour marcher sur la tête des rois?" Paris, le 11 janvier 2015 Face à une attaque meurtrière, et sans précédent sous cette forme sous nos latitudes, ? une rédaction de journal satyrique, historiquement ancré à l'extrême gauche décimée au fusil d'assaut pour avoir publié des caricatures de Mahomet et ne pas s'être soumis à l'interdit religieux de la représentation ?, une (...) - analyses / contrôle social, répression policière, peine de mort

Camarades, contre l'Etat et contre tous les prêtres,

Vive le blasphème !

"? le temps d'une vie est bref, si nous vivons ce n'est que pour marcher sur la tête des rois?"

Paris, le 11 janvier 2015

Face à une attaque meurtrière, et sans précédent sous cette forme sous nos latitudes, ? une rédaction de journal satyrique, historiquement ancré à l'extrême gauche décimée au fusil d'assaut pour avoir publié des caricatures de Mahomet et ne pas s'être soumis à l'interdit religieux de la représentation ?, une volonté forte de réagir se manifeste, d'importants rassemblements ont lieu dans toute la France et au-delà, les réseaux sociaux sont envahis de messages?. On sort de chez soi, peut être à la fois pour exprimer qu'on est affecté, pour comprendre ce qui est à l'?uvre, de quoi cette situation est le résultat et ce qui va se passer, pour parler, arpenter, ne pas rester seul, pour penser, refuser quelque chose dans la situation, sentiments que nous pouvons comprendre et partager, nous à qui il tient à c?ur, en politique, de vouloir être à la hauteur de l'événement.
A cette ferveur encore informe et sans discours établi s'impose très vite la mise au pas de l'encadrement républicain : ce que défendra tout un chacun qui manifeste, ce sera donc l'Etat, son gouvernement, sa police et la construction d'un consensus social et politique autour de la défense de l'existant. Cette fois-ci le cadre est grandiose : ce sera, dans un plébiscite aux accents gaullistes, une véritable manifestation d'Etat, le plus grand nombre est appelé à faire masse derrière les ministres français ou étrangers, les représentants religieux, de partis politiques et des patrons? Nous prend alors l'envie de fredonner : « mon oncle infâme bricoleur? » de Boris Vian.
Les transports seront même gratuits en Ile de France ce dimanche. Faut-il comprendre cela comme une concession temporaire au besoin de mobilité des plus précaires, ou faut-il plutôt le percevoir comme un salaire indirect et socialisé du rôle de figurant que nous sommes tous appelé à jouer ? Peut-être est-ce que le consensus sécuritaire n'est pas encore assez affermi pour justifier qu'en plus d'un quadrillage policier il faille accepter le risque de prendre des amendes sur la route de la manif.
Pour le gouvernement et sa police il ne suffit plus de dresser, de disciplinariser tout le monde à un contrôle de plus en plus serré des vies, des déplacements, d'écraser le possible sous la rationalité économique : ces attaques meurtrières sont l'occasion de rendre le sécuritaire désirable.
Au-delà des mesures spectaculaires (le contrôle systématique et massif des véhicules par des policiers en armes par exemple) qui ont été mises en place lors de la traque des assaillants, à plus long terme, c'est le moment de renforcer l'exception permanente. Le « plan vigipirate » monte d'un cran, au stade attentat, cela implique que l'on accepte tous une emprise policière intolérable sur nos vies. Le sécuritaire est la même manifestation, sous d'autres formes, que cette irruption d'un fragment de guerre dans Paris. A nos yeux, les incantations à la toute puissance policière sont de facture identique aux lectures complotistes de ces événements.
Par ailleurs, on peut comprendre que que l'on puisse tout faire, y compris mourir, pour échapper à un avenir d'isolement carcéral à perpétuité, après de tels actes et après être passé entre les mains de la police : on ne souhaite pas cela même à son pire ennemi, mais cela n'explique en rien le fait que, comme tous les « forcenés » et « terroristes », les 2 assaillants de Charlie Hebdo et le preneur d'otage du supermarché casher aient été exécutés par la police. Un responsable policier aurait même affirmé qu'une autre justice a été rendue. Peux-t-on vraiment trouver normal cette peine de mort sans jugement ? Pour justifier la mort de Rémi Fraisse, avaient été mis en avant les affrontements qui avaient eu lieu et le fait que des policiers avaient été blessés. Pas besoin de faire de philosophie politique pour comprendre dès lors qu'on change de paradigme : du « monopole de la violence légitime » de l'état on passe à la démonstration qu'il est simplement la bande armée la plus forte.

Ni Dieu ni Valls !

Pendant ce temps là une grande partie de l'extrême gauche, au sens large, se confine dans la course à de nouvelles figures de « victimes » et s'agite mollement autour d'une défense du religieux sous ses modalités populaire et minoritaire ? qui n'est pourtant ni populaire ni minoritaire partout, faut-il le rappeler ?, comme le discours contre « l'islamophobie » en porte la trace. Dans un glissement sémantique dangereux « immigré » devient « musulman ». Au lieu de s'opposer à la mise en danger des populations d'origine immigrées, pourtant réelle à différents niveaux, que ce soit par la présence de racistes et de fascistes jusque dans les manifestations d'union sacrée ou par le développement actuel de la pression religieuse, on devrait défendre l'islam, qui, comme toutes les religions, impose une morale, un respect de l'existant contraire à toutes perspectives émancipatrices. Pour notre part nous considérons qu'au contraire c'est dans la défense de l'immigration, des dehors qu'elle apporte par le métissage ou le mélange, dans les oppositions qui naîtront en son sein contre le religieux que du possible fécond se propose.
Il y a bien des choses à défendre dans ce que ces « bras armés de dieu » ont voulu tuer à Charlie Hebdo. Ils ont aussi tiré sur la possibilité de l'expression du refus de la morale religieuse, cette police permanente des comportements, sur le refus de la soumission de tous à l'interdiction du blasphème.

Camarades, entre austérité et retour du religieux (islamisme, manif pour tous), retrouvons un peu d'autonomie conceptuelle (on n'aurait plus le choix qu'entre être fachos, républicains ou islamo-compatibles !). En considérant la conjoncture, et en dépit de la période, nous sommes encore un certain nombre à aspirer à des épisodes révolutionnaires, au retour des luttes et des mouvements qui construisent du commun et s'opposent à l'ordre établi. C'est dans cette perspective que nous affirmons que si dieu existait il faudrait le détruire. Comme il faut en finir avec l'état, le capitalisme et les différentes morales et idéologies qui le soutiennent. Il faut, d'ici là, trouver les moyens de proposer des formes de refus, intelligibles et rejoignables par ceux qui, sérieusement, veulent en découdre avec la situation présente.

Entre union sacrée sécuritaire et morale religieuse à coup de fusil d'assaut ou de sermon, sale temps pour les révolutionnaires?

Les drôles de dames de Charlie
contact : droles.de.dames anche.no

Sun Jan 11, 2015 16:52 (fr)
A BAS L'UNION NATIONALE ! Après l'attaque contre Charlie Hebdo, toute la formidable puissance des médias et de la propagande bourgeoise est entrée en action pour utiliser l'émotion née de ce sanglant massacre au profit de l'« union nationale » et des « valeurs de la République ». Gouvernement, partis de gauche, de droite et d'extrême-droite (écarté, par les organisateurs, de la marche parisienne, le FN appelle aux manifestations en province), directions syndicales et associations multiples appellent à de (...) - non locales / contrôle social, luttes sociales, contre les guerres

A BAS L'UNION NATIONALE !

Après l'attaque contre Charlie Hebdo, toute la formidable puissance des médias et de la propagande bourgeoise est entrée en action pour utiliser l'émotion née de ce sanglant massacre au profit de l'« union nationale » et des « valeurs de la République ».
Gouvernement, partis de gauche, de droite et d'extrême-droite (écarté, par les organisateurs, de la marche parisienne, le FN appelle aux manifestations en province), directions syndicales et associations multiples appellent à de grands rassemblements unitaires : riches et pauvres, chômeurs et capitalistes, ouvriers et patrons devraient ainsi défiler ensemble pour la « liberté d'expression » et contre le « terrorisme », derrière les chefs politiques et les responsables gouvernementaux français et d'autres pays, allemands, espagnols, anglais, etc. ou turcs comme le premier ministre du gouvernement qui vient de jeter en prison des dizaines de journalistes, qui a réprimé dans le sang les manifestants kurdes (trente morts) et qui soutient l'action de groupes djihadistes en Syrie, Israéliens comme Nétanyahou encore tout dégouttant du sang de ses victimes gazaouites, etc., bref, une véritable sainte-alliance impérialiste.
Le président Obama, lui qui a refusé, contrairement à sa promesse, de fermer la prison de Guantánamo où croupissent depuis des années sans jugement des prisonniers soumis aux tortures les plus raffinées, qui a autorisé l'assassinat à l'étranger de supposés « terroristes » (ce qui a surtout entraîné la mort de civils dans des bombardements de drones), qui a organisé une nouvelle guerre en Irak et en Syrie, qui a justifié la surveillance omniprésente par les services secrets US des échanges téléphoniques et internet dans le monde entier, qui est resté silencieux devant le meurtre de jeunes Noirs par les policiers de son pays, etc., etc., a affirmé publiquement sa « solidarité » avec les victimes de l'attaque contre Charlie Hebdo au nom des idéaux de « la liberté et des idéaux qui sont les nôtres ».
Mais cette liberté et ces idéaux ne sont pas ceux des prolétaires et des opprimés ! Les idéaux prolétariens sont la lutte contre l'oppression, l'indépendance de classe, la libération de l'humanité du joug capitaliste. Les grandes phrases creuses et la compassion sur commande diffusées par tous les médias sont, elles, au service d'une opération de grande ampleur pour amener le prolétariat à soutenir l'ordre bourgeois au moment même où, en France comme dans d'autres pays, il montre de plus en plus ouvertement son visage répressif et oppressif.

A BAS LES GUERRES BOURGEOISES, VIVE LA GUERRE DE CLASSE !

Des politiciens de tous bords ont affirmé : « nous sommes en guerre ». C'est une vérité incontestable.
Mais il s'agit de bien autre chose que des opérations de police contre une poignée de criminels : la France fait partie des Etats impérialistes qui sont les véritables grands terroristes au niveau mondial, pillant et massacrant les exploités et les opprimés sur toute la planète, et attisant partout les guerres.

Sans remonter aux tueries encore récentes des guerres coloniales ou des génocides africains, véritables « valeurs » de la République française, et en restant à l'actualité immédiate, le gouvernement Hollande est très fier que la France ait été en 2014 le deuxième pays à s'engager aux côtés des Etats-Unis dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient alors même que les interventions militaires françaises en Afrique se sont succédées à un rythme rapide. Le ministre de la Défense se vantait fin 2014 qu'au Sahel, en un an, « près de 200 terroristes » aient été « neutralisés » par les soldats français (apparemment ils ne font pas de prisonniers?) et plus récemment il a affirmé qu'une intervention militaire en Libye était nécessaire. Les tendances guerrières traditionnelles de la République française reviennent en force sous le gouvernement « de gauche » actuel. Et pour pouvoir continuer à sa guise les opérations militaires en défense des intérêts impérialistes français, le gouvernement sait combien est utile l'unité nationale en 1914 l' « Union sacrée » avait été, dans les divers pays, la condition nécessaire pour déclencher et mener la guerre en Europe?

Mais la guerre que mènent sans trêve les capitalistes et les gouvernements bourgeois de tous les pays, c'est la guerre sociale interne contre les prolétaires, même si cette guerre sociale ? l'exploitation capitaliste ? ne se traduit pas habituellement par des affrontements armés (les sanglantes répressions de luttes ouvrières sont réservées aux périodes où le prolétariat tente de se libérer de son esclavage), mais par des accidents causés par la surcharge de travail, des meurtres policiers, des licenciements, la précarité et la misère croissantes. Alors qu'il n'a jamais véritablement connu de franche reprise depuis la grande récession de 2008, le capitalisme est menacé aujourd'hui de replonger dans une nouvelle crise économique internationale. Cela signifie inévitablement de nouvelles mesures anti-ouvrières, de nouvelles « réformes » antisociales, en un mot une nouvelle aggravation de la guerre sociale contre le prolétariat, après les attaques sans précédent déjà menées dans la dernière période. On comprend donc tout l'intérêt qu'ont le gouvernement et les bourgeois à utiliser les cadavres des « victimes du terrorisme » pour, au nom d'un prétendu intérêt commun à « la paix et à la tranquillité », détourner les prolétaires de la lutte de classe et les enchaîner dans une union nationale avec leurs ennemis de classe : ce n'est pas de paix et de tranquillité dont ont besoin les prolétaires pour faire face aux attaques capitalistes, mais de retour à la lutte véritable, à la guerre de classe !

REACTIONNAIRE TERRORISME ISLAMISTE

De leur côté, les auteurs du massacre et leurs inspirateurs sont également des adversaires de la lutte de défense des prolétaires contre les capitalistes. Contrairement à ce que disent les médias, ils ne luttent pas contre la « liberté d'expression » (qui n'est en réalité admise par les bourgeois que tant qu'elle ne les gêne pas) ou la « démocratie » (système de collaboration de classe fondé sur le mensonge de l'égalité entre les citoyens) ; selon les idéologues d'Al Qaida dont se revendiquaient les terroristes, les prolétaires musulmans ne devraient pas hésiter à tuer à être tués, non pour défendre leurs intérêts de classe, mais pour défendre le prophète ! Prêchant l'union des croyants et la guerre de religion à la place de la lutte de classe, présentant comme cibles, non les exploiteurs, mais ceux qui s'opposent à leur religion, comme tous les religieux ils défendent en réalité les intérêts de la classe dominante, trop heureuse en dépit des apparences de voir le contre-feu de la religion à la lutte prolétarienne se répandre parmi les jeunes prolétaires issus de l'immigration : l'opium religieux a toujours été utilisé par les exploiteurs pour duper les exploités !
D'autre part ceux qui ont perpétré ces attaques ou ceux qui les ont inspirées, savaient que leur principal résultat serait de jeter le soupçon sur toute la population d'origine arabe, de renforcer les discriminations de fait qui pèsent sur elle et les abus policiers dont elle est victime, d'exacerber un peu plus le racisme et la division entre prolétaires de différentes origines qui est un facteur important de l'impuissance actuelle du prolétariat.

NI LA GUERRE DE RELIGION, NI LA PAIX SOCIALE,
MAIS LA LUTTE DE CLASSE EST LA VOIE DE SALUT
POUR LES PROLETAIRES DE TOUTE ORIGINE !

Par l'intermédiaire de ses représentants politiques et avec l'aide empressée de ses valets politiques et syndicaux, la classe dominante appelle à constituer et à renforcer l'« union nationale » autour d'elle, alors qu'elle sème la misère et la guerre dans le monde entier, qu'elle aggrave continuellement ici les inégalités et l'exploitation, qu'elle renforce sans cesse les mesures de surveillance et de répression contre un « ennemi intérieur » qui est n'est autre que le prolétariat !
Les prolétaires ne doivent pas tomber dans la grossière manoeuvre politique échafaudée au nom de la lutte contre le « terrorisme » : ils doivent refuser toute union avec leurs exploiteurs, ils doivent refuser la défense de la République impérialiste et de la démocratie bourgeoise ? autrement dit la défense du système capitaliste qui les écrase ; infiniment plus criminel et plus terroriste que tous les djihadistes est en effet le capitalisme dont les victimes se comptent par dizaines de millions, et qui, pour surmonter ses crises de plus en plus graves et répétées, plongera inévitablement l'humanité dans une nouvelle guerre mondiale si la révolution internationale ne réussit pas à l'abattre à temps.

Les bourgeois et leurs laquais espèrent que les prolétaires resteront le plus longtemps possible soumis à l'ordre capitaliste, poussés en particulier par la peur de la menace terroriste islamiste ou par la crainte de l'extrême droite traditionnelle ; mais comme ils savent que les bases matérielles de cette soumission ne cessent de s'affaiblir à mesure que les difficultés économiques poussent à le capitalisme accroître continuellement sa pression sur la classe ouvrière, ils utilisent toutes les occasions, et les plus sanglantes sont les plus efficaces, pour réalimenter la paralysante union interclassiste.

S'ils veulent rompre avec leur servitude, s'ils ne veulent pas servir de chair à canon dans les affrontements inter-bourgeois et de chair à exploiter dans la vie de tous les jours, les prolétaires n'ont pas d'autre solution que de s'opposer à cette unité nationale, que de briser la collaboration de classe, que de retrouver la voie de la lutte révolutionnaire de classe.

Le renversement du capitalisme par la révolution est indispensable pour mettre fin aux horreurs sans nombre de ce système, et pour que naisse une nouvelle société sans classes et sans guerres, sans exploitation et sans discriminations, une société basée sur la fraternité réelle entre tous : le communisme. L'union des prolétaires de toute origine et de toute nationalité est la condition d'abord pour résister à toutes les attaques capitalistes, et pour y trouver la force de passer ensuite à l'attaque contre le capitalisme.
Les prolétaires n'ont à perdre que leurs chaînes, ils ont un monde à gagner !

A bas l'union nationale ! Vive l'union de tous les prolétaires dans la lutte de classe anticapitaliste !

A bas la République bourgeoise ! Vive la révolution communiste internationale !

Parti Communiste International

www.pcint.org

Sun Jan 11, 2015 16:24 (fr)
L'épouvantail terroriste en pratique ? Résistons Ensemble no 137, janvier 2015 Le bulletin no 137, janvier 2014 du petit journal mobile recto-verso A4 du réseau Résistons ensemble contre les violences policières et sécuritaires est sorti. Pour lire l'intégralité et télécharger ce bulletin mis en page au format pdf : http://resistons.lautre.net/. L'épouvantail terroriste en pratique Mardi 16 décembre 2014 vers 1h du matin, Abdoulaye Camara, 31 ans, est tué par la police, au Havre dans le quartier (...) - analyses / violence policière, contrôle social, répression judiciaire, répression policière

L'épouvantail terroriste en pratique ? Résistons Ensemble no 137, janvier 2015

Le bulletin no 137, janvier 2014 du petit journal mobile recto-verso A4 du réseau Résistons ensemble contre les violences policières et sécuritaires est sorti. Pour lire l'intégralité et télécharger ce bulletin mis en page au format pdf : http://resistons.lautre.net/.

L'épouvantail terroriste en pratique

Mardi 16 décembre 2014 vers 1h du matin, Abdoulaye Camara, 31 ans, est tué par la police, au Havre dans le quartier Mont-Gaillard en Zone de sécurité prioritaire (ZSP). Vingt-six coups de feu, une dizaine de balles dans le corps. Le samedi 20 décembre dans l'après-midi, Bertrand Nzohabonayo, aussi prénommé Bilal, converti à l'islam, 20 ans, est tué par la police devant le commissariat de Joué-lès-Tours. À chaque fois, le scénario des événements qui suit leur décès semble écrit d'avance, tant il a été rejoué pour chaque mort entre les mains des forces de l'ordre. « Ils l'ont bien mérité », semblent éructer les autorités avec cet argument puant qu'un casier pourrait justifier de leur mort.

Pour Abdoulaye la version officielle parle d'un « dément meurtrier », « schizophrène » et fait étal de son passé judiciaire. Mais un pas est franchi lorsque la police tue Bilal. En moins de quatre heures, la section antiterroriste est sur le coup. L'agresseur « originaire du Burundi » a crié « Allah Akbar » nous assure une « source proche de l'enquête » qui part aussi sec sur la piste de « l'islamisme radical ». Son frère est arrêté au Burundi, sa s?ur placée en garde-à-vue? Les jours suivants, 21 et 22 décembre coup sur coup à Nantes et Dijon deux voitures foncent sur la foule et s'ajoutent à l'équation. Dans la foulée Manuel Valls enfonce le clou, « jamais nous n'avons connu un aussi grand danger en matière de terrorisme ».

Mais les chauffeurs sanguinaires ne sont que des fous qui se sont emparés de la psychose du moment, finissent par constater les autorités (157 passages en unité psychiatrique pour le conducteur à Dijon). La vérité s'exfiltre, finit par s'échapper du brouhaha. On apprend alors qu'Abdoulaye n'avait pas de problème psychologique. Et le travail de ses frères allant sur les lieux a pu rassembler des témoignages très loin de la version policière. Pareil à Joué-lès-Tours, des témoins nous apprennent que Bilal ne se serait pas présenté de lui-même au commissariat dans un but d'attentat, mais aurait été arrêté par une équipe de police suite à une agression sur l'un des leurs la veille, jour où le jeune homme n'était d'ailleurs pas en ville. Son seul cri aurait été de douleur? Et la thèse du terroriste si chère au ministère de l'Intérieur prend l'eau de toute part. Mais la justice s'obstine comme elle sait le faire ? le nouveau non-lieu dans l'affaire Ali Ziri est là pour nous le rappeler ? le procureur dans un communiqué de presse voudrait mettre fin à ces « rumeurs ». Ce n'est pas une bavure, c'est un choix de société qui s'affirme.

En automne dernier l'État durcissait l'arsenal répressif dans une énième loi agitant l'épouvantail terroriste (voir RE 134) : après la théorie, la pratique. L'amalgame va bon train et la construction d'un ennemi intérieur comme remède miracle au maintien de cette société inégalitaire semble faire l'unanimité du PS à l'extrême droite.

Cet emballement ne peut plaire et profiter qu'aux extrémistes de tous bords comme nous le montre déjà la terrible fusillade du siège de Charlie Hebdo.

Alors pas d'illusion, la police et la justice marche main dans la main. Jusqu'à présent c'est la lutte des familles, des comités de soutien indépendants et auto-organisés qui a su faire rejaillir des pans de vérité et arracher une dignité volée. Pas de justice pas de paix !





Au sommaire



- L'épouvantail terroriste en pratique

- Mohamed nous a quitté

- Une lettre : « Mon petit frère Abdoulaye mort abattu d'une dizaine de balles dans le corps par la police?

- [ C H R O N I Q U E D E L ' A R B I T R A I R E ]

Hommage à Malik Oussekine?

plus de flicage ?

Les rassemblements se poursuivent depuis la mort de Rémi Fraisse? la répression aussi !

- [R I P O S T E S dans les quartiers populaires]

Dans le quartier des 408 à Be sançon

- [A G I R ]

Soirée de soutien aux médias libres

Soutien à Saïd Boumana et Saïdou du groupe ZEP?

Manifestation « Vérité et justice pour Fidan, Sakîne et Leyla »

Une cantine de soutien

Sat Jan 10, 2015 17:05 (fr)
Suite à l'attaque meurtrière à Charlie Hebdo nous proposons de nous retrouver pour discuter ensemble et partager une analyse de la situation. Malgré l'émotion suscitée par ces événements, il nous semble qu'une analyse libertaire de la situation est nécessaire. Notamment à propos des réactions de l'État et de la classe politique. Ouverte à tou-te-s, cette discussion ne se veut pas autre chose qu'une invitation à discuter ensemble et à prendre un peu de recul par rapport à l'emballement médiatique et (...) - agenda / lois sécuritaires, manifestations & occupations, anti impérialisme, proche et moyen orient, contrôle social

Suite à l'attaque meurtrière à Charlie Hebdo nous proposons de nous retrouver pour discuter ensemble et partager une analyse de la situation. Malgré l'émotion suscitée par ces événements, il nous semble qu'une analyse libertaire de la situation est nécessaire. Notamment à propos des réactions de l'État et de la classe politique.

Ouverte à tou-te-s, cette discussion ne se veut pas autre chose qu'une invitation à discuter ensemble et à prendre un peu de recul par rapport à l'emballement médiatique et politicien.

Ni union nationale, ni choc des civilisations !

Rendez-vous Mercredi 14 janvier 2015 à 20h au Centre Culturel Libertaire, 4 rue de Colmar, Lille.

Thu Jan 08, 2015 18:03 (fr)
? sur le massacre barbare il faut continuer à penser. C'est notre seule force en ce moment. En attendant les prochains jours et les man?uvres manipulatrices de ceux qui sont responsables de la situation que nous subissons. Mme Marine sera reçue demain par Mr. François et recevra le certificat de respectabilité?sûrement négocié entre le PS et l'UMP. On saute un cran. Ce que Charly a pu représenter par le passé est aussi mort. Charly et ces cadavres sont désormais un enjeu du pouvoir, une monnaie (...) - analyses / antimilitarisme

? sur le massacre barbare il faut continuer à penser. C'est notre
seule force en ce moment.

En attendant les prochains jours et les man?uvres manipulatrices de ceux
qui sont responsables de la situation que nous subissons.
Mme Marine sera reçue demain par Mr. François et recevra le certificat
de respectabilité?sûrement négocié entre le PS et l'UMP. On saute un cran.
Ce que Charly a pu représenter par le passé est aussi mort. Charly et
ces cadavres sont désormais un enjeu du pouvoir, une monnaie d'échange
entre les seigneurs de l'Etat. Et leur message est : les anciennes
valeurs de Charly (ou mieux dit les valeurs de l'ancien Charly), ceux de
Mai 68, ne servent plus, c'est les nôtres qu'il faut adopter.
En attendant de nettoyer le sang des locaux de Charly Hebdo les
intervention militaires de la France continuent, encore du sang?

Il y aura beaucoup à dire mais c'est encore tôt, et déjà tard aussi?

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